Coopération culturelle & internationale
Paradoxe : une parole de plus en plus libérée, mais de plus en plus édulcorée !
Paradoxe : une parole de plus en plus libérée, mais de plus en plus édulcorée !

Paradoxe : une parole de plus en plus libérée, mais de plus en plus édulcorée !

L’autre soir, comme beaucoup, je regardais une série. Celle-ci, « Engrenages », que je recommande, date un peu puisqu’elle a été diffusée à partir de 2005. Lors de sa première saison, le juge d’instruction explique à une femme, assez simple, que le tueur d’un de ses proches ne sera pas jugé parce qu’il a été reconnu comme « fou », par les experts. La femme ne comprend pas et le juge insiste en employant plusieurs fois le mot « fou ». Je me suis alors tourné vers mon épouse et lui ai dit : « tu vois, aujourd’hui, on ne pourrait plus dire cela dans une série ». Effectivement, on utiliserait, sans doute, « déficient psychologique » ou, encore, « perturbé mental »…

Au fil du temps, j’ai constaté que notre belle langue est de plus en plus policée. Par crainte de choquer, pour éviter des polémiques, voir des insultes, nous avons tous progressivement, et parfois jusqu’à l’absurde, intégré une nouvelle manière de s’exprimer, voir censurer des œuvres. J’en veux pour preuve, voici quelques mois, la transformation subite du titre d’un livre d’Agatha Cristie. Tout le monde se souvient que, d’un coup, « Les 10 petits nègres » n’était plus politiquement correct et devait impérativement devenir « Ils étaient 10 ». Publié, en France, en 1940, il était donc « urgent » de débaptiser cet ouvrage après 81 ans de diffusion. Que l’on ne se trompe pas, je ne défends pas l’usage de ce mot que j’exècre. Toutefois, ne pouvait-on y penser plus tôt ? Pourquoi maintenant ? Qui le décide ? Au nom de quoi ?

Sur le même sujet, on se rend bien compte, aujourd’hui, à quel point il est compliqué de renseigner sur la couleur de peau d’une personne, sur son origine. Ainsi, il n’est plus correct de dire qu’un individu est « noir » ou, encore pire car c’est de l’anglais « black ». On dit donc désormais une « personne de couleur ». Bien, mais de quelle couleur parle-t-on exactement ? Blanc, vert, bleu… ?

Sur un ton plus léger, je m’amuse aussi de la transformation de certaines dénominations. Ainsi, par exemple, on ne parle plus de caissière ou caissier (et oui, il faut tout « genrer ») mais d’hôtesse ou d’hôte d’accueil. Très bien mais ils accueillent quoi exactement ? Pour moi, l’accueil dans un magasin est à son entrée et la caisse est plutôt vers la sortie…Pour continuer, il ne faut plus dire femme ou homme de ménage mais technicienne ou technicien de surface. Je comprends la logique de vouloir valoriser ces professions mais, alors, est-ce accompagné d’une progression salariale ? Je ne le crois pas. A oui, au fait, ne dites plus « éboueur » mais « agent de propreté urbaine » ou, encore, plus familièrement, « ripeur » pour celui se trouvant à l’arrière de la benne.

A l’opposé, et c’est là où je trouve que nous sommes dans un monde paradoxal, je remarque que la parole se libère. Un premier fait est que, à l’inverse d’il y a 10 ou 15 ans, les électeurs du Rassemblement national le revendiquent. Avant, peu de personnes assumaient publiquement voter pour l’extrême droite. Aujourd’hui, il n’y a plus de honte, et même de la fierté, à le dire haut et fort. Dès qu’il s’agit de sécurité, d’immigration, de justice, de police… leurs thèses sont clairement affichées et ne choquent plus, même pas dans les médias. A ce sujet, des gens comme Eric Zemmour connaissent un franc succès à la télé et dans certains journaux pour des propos dont il a été plusieurs fois condamné devant la justice (selon mes recherches, entre 2011 et 2020, 3 condamnations pour provocations à la haine raciale et à la haine religieuse envers les musulmans et une affaire en cours).

Les digues face aux thèses fascisantes sont en train de céder. Pour faire bref, la droite dite Républicaine est de plus en plus poreuse. Un exemple, Guillaume Peltier, n°2 Les Républicains, s’est récemment déclaré contre le front républicain lors des prochaines élections et, n’a pas clairement appelé à voter pour le Rassemblement national mais, contre Macron, donc…D’un autre côté, nous avons une gauche quasiment inaudible. Entre les deux, Emmanuel Macron, déjà en campagne pour l’année prochaine, joue les « apprentis sorciers » en faisant tout pour déstabiliser ceux qui pourraient se glisser dans son schéma d’un second tour contre Marine Le Pen. Enfin, il y a les réseaux sociaux utilisés pour attiser les haines, les peurs et diffuser des informations parfois totalement fausses, voir clairement complotistes.

A ce sujet, et pour terminer là, je tiens à partager, et résumer, avec vous une (vraie) enquête journalistique. Je vous emmène chez nos voisins britanniques et au moment du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Le 23 juin 2016, vous vous en souvenez, les anglais ont voté pour leur sorti de l’Europe avec une majorité de 51,89%. Une journaliste a alors découvert qu’une petite ville qu’elle connait bien avait voté en ce sens à plus de 80%. Intriguée, elle décide de se rendre sur place pour enquêter. A son arrivée, elle constate que de très nombreux bâtiments et autres ouvrages publics ont été restaurés ou bâtis avec le soutien financier de l’Union européenne (le logo ou la mention doit apparaître clairement quand c’est le cas). Elle décide alors de faire du porte à porte pour interroger la population sur les motivations de leur vote. Il en ressort, principalement, que l’Europe a favorisé l’augmentation de l’immigration et, donc, de l’insécurité. Poursuivant ses investigations, la journaliste découvre que le nombre d’immigrants dans cette ville est de…0. Pugnace, elle veut savoir la vraie raison de ce vote. In fine, elle a découvert que, durant des mois, la population, via les réseaux sociaux ou des campagnes de méls, a été inondée d’informations fausses ou détournées sur l’Union européenne, ses dirigeants et ses politiques. Tel Janus, le progrès n’a pas qu’une face…

A bientôt

Frédéric

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