Coopération culturelle & internationale
Marseille, ma belle
Marseille, ma belle

Marseille, ma belle

Ces derniers temps, la ville a été sous les feux de l’actualité (d’un point de vue positif, on a enfin parlé d’autres choses que du virus !). Entre les morts dus aux règlements de compte entre bandes mafieuses, la récente visite de 3 jours d’Emmanuel Macron et le Congrès mondial pour la biodiversité, Marseille a été l’objet d’une importante couverture médiatique durant l’été et cela continue.

J’ai voulu écrire cet article parce que, pour y avoir vécu des années, j’aime Marseille. Contrairement à l’image d’Epinal, largement relayée par les médias, que beaucoup ont, elle n’est pas précisément telle qu’on l’imagine.

Dangereuse, peut-être. Personnellement, tout comme ma famille, exception faite d’un ou deux portable(s) volé(s), vivant tout à fait normalement, que ce soit de jour comme de nuit, je n’ai jamais eu aucun problème. Peut-être que moi, et les miens, avons-nous eu de la chance ? Je ne veux absolument pas nier qu’il y a de graves problèmes de violences mais extrêmement rares hors des fameux quartiers Nord. Dans ces quatre arrondissements (13, 14, 15 et 16) sont concentrés les principaux trafics et mafieux. Ce sont aussi là que pauvreté, chômage, logements insalubres, transports publics insuffisants, manque criant de services publics et de commerces… se focalisent. Mais, cela, tout le monde le sait, le dit et le répète depuis des dizaines d’années maintenant. Les différents Ministres de l’intérieur, quel que soit leur bord politique, Premiers ministres et Présidents de la République, viennent à Marseille et, montrant leurs bras musclés, promettent. Millions d’Euros, policiers supplémentaires, mesures, changements, rénovations urbaines, écoles… sont objets de grands discours qui font, certes, plaisir aux édiles mais dont on attend encore, et toujours, les effets concrets.

Historiquement, la cité de Marseille est constituée de 111 villages dont un certain nombre (35 a priori) dans sa partie Nord. C’est dans les années 60 que des barres d’immeubles ont été érigées dans quelques-uns de ces villages. Certains quartiers présentent une grande variété d’habitations, depuis la maison individuelle en lotissement jusqu’aux grands ensembles en passant par des immeubles caractéristiques du XIXème marseillais voir des bastides rurales. De plus, bien que réputés très urbanisés, le paradoxe est que les quartiers Nord présentent encore des campagnes rurales où subsistent des exploitations agricoles. Ce que je veux démontrer, c’est qu’il ne faut pas considérer ces quartiers comme une entité globale destinée aux trafics mais comme une zone très diversifiée avec quelques poches tenues par quelques dizaines, et encore, de mafieux. Il est donc important de relativiser l’impact réel de ces quelques endroits sur l’ensemble de la ville. Il est vrai qu’il est certainement plus vendeur de ne parler que d’événements spectaculaires et dramatiques sans apporter les nuances et les explications que la situation impose. Les quelques 250 000 habitants des quartiers Nord ne sont certainement pas tous des dealers ou des guetteurs ou, encore, des délinquants assoiffés de sang. Ils ne possèdent pas tous une kalachnikov ou une arme de poing attendant l’arrivée de policiers dans son quartier pour l’agresser ou allant régler son compte à un adversaire d’un autre quartier. Un peu de sérieux aux responsables politiques ou médiatiques !!!

Trafics, règlements de comptes, lieux ouvertement dédiés au deal… reposent sur un fort taux de chômage (aux alentours de 25% selon les quartiers), sur une précarité importante, un pourcentage de non diplômés variant entre 25 et plus de 40% selon les endroits, un sentiment d’exclusion marqué. Loin, pour moi, de vouloir excuser mais d’expliquer le lien de causalité entre les faits et les raisons de cette situation. Sans vouloir plagier le chanteur Soprano, je suis tout à fait d’accord avec lui : comment voulez-vous inciter un minot à aller à l’école ou à cherche du travail si il peut se faire, en contribuant aux trafics, en une semaine, autant d’argent que son père en quelques mois de travail (si il en avait bien entendu) ?

A contrario, voici une petite information totalement passée à la trappe et qui date de quelques jours. Un groupe de jeunes discutaient sur une petite place à la sortie d’une station de métro et non loin d’un camp de Rom. Mohamed (je ne suis plus certain de l’exact prénom, mais il a son importance) raconte que, à un moment, une mère arrive en criant et en tenant sa petite fille, d’une dizaine d’années, par la main. Un peu calmée, elle raconte alors aux jeunes qu’un homme venait d’essayer de kidnapper sa fille en l’agrippant par les vêtements et en essayant de l’entraîner de force avec lui. La petite s’est débattue et la mère est alors arrivée pour la libérer. La mère, toujours affolée, ne cesse de regarder autour d’elle tout en racontant l’événement aux jeunes. Tout à coup, elle leur désigne un homme, marchant sur l’autre trottoir à environ 50 mètres, comme le kidnappeur. Les jeunes se mettent alors à l’observer et l’homme, sentant leurs regards, s’enfuie en courant. Sabri, éducateur sportif, se lance à sa poursuite, ses copains le suivent. Ils finissent par rattraper l’homme d’une cinquantaine d’années, l’entourent et appellent la police. Dans l’attente, sans aucune violence, ils empêchent l’homme de prendre la fuite en faisant barrage de leurs corps. Les policiers ont fini par l’embarquer. Il s’avère que le cinquantenaire est connu des services de police pour viol, et agressions sexuelles, sur mineurs.

Pourquoi je raconte cet événement ? Parce que les faits ont eu lieu…dans le 13ème arrondissement de Marseille, dans les quartiers Nord, donc. Comme quoi, il y a de belles histoires qui se déroulent aussi dans ces lieux. Mais, évidemment, cela ne fait autant « vendre » que les règlements de comptes sanglants, cela n’attire pas assez les caméras pour les femmes et hommes politiques. Et, désolé pour Eric Zemmour, ce n’est pas parce qu’on s’appelle Mohamed ou Sabri, que l’on n’est pas un citoyen modèle et courageux, prêt à prendre des risques potentiels pour, sans réfléchir de manière égoïste, protéger une petite fille Rom, et sa mère.

De temps en temps, je reviendrai sur cette cité phocéenne si particulière et si attachante pour ses habitants. On dit, pour ceux qui viennent y vivre, que soit, ils l’aiment et y restent, soit ils en partent très vite. J’y reviendrai aussi pour, parfois, rétablir certaines réalités, pour apporter mon témoignage ou, encore, donner un éclairage peut-être différent, que certains présentent, de cette grande ville de la Méditerranée.

A très bientôt

Frédéric

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